L'histoire de l'écurie emblématique du Championnat du monde de Formule 1.

228 pole positions, 238 victoires, 773 podiums, 84 doublés, 15 titres des pilotes et 16 couronnes des constructeurs. Les statistiques de Ferrari en Formule 1 donnent le vertige et la "dream team" des années 2000 n'y est pas étrangère. Avec le pilote Michael Schumacher, le directeur Jean Todt et les techniciens Ross Brawn et Rory Byrne, la Scuderia a triomphé 84 fois en dix ans, s'octroyant six titres consécutifs chez les constructeurs et cinq chez les pilotes.

Résumer l'écurie à cette période uniquement serait réducteur. Après tout, pas moins de 109 pilotes ont pris le volant de bolides au cheval cabré en Grand Prix, dont 39 sont montés sur la plus haute marche du podium et neuf ont été sacrés avec la Scuderia. Et pourtant, lors du tout premier Grand Prix de l'Histoire du Championnat du monde, en 1950, Ferrari a préféré participer à une course de Formule 2 !

Enzo Ferrari

À l'époque, l'écurie avait déjà une certaine histoire en sport automobile. Enzo Ferrari l'avait fondée dès 1929, exploitant des Alfa Romeo avant de commencer à construire ses propres voitures en 1939, avec une certaine philosophie : "L'aérodynamique, c'est pour ceux qui ne savent pas faire des moteurs", a-t-il déclaré en 1960.

Ferrari a connu le succès dès les années 1950 en Championnat du monde, en particulier lors des saisons 1952 et 1953 disputées sous la réglementation Formule 2, outrageusement dominées par Alberto Ascari. La Scuderia a de nouveau triomphé grâce à Juan Manuel Fangio en 1956, Mike Hawthorn en 1958, Phil Hill en 1961 et John Surtees en 1964.

Les modèles D50, D246 et 156 ont eu beaucoup de succès mais ont connu leur lot de tragédies, avec la mort de Luigi Musso et de Peter Collins au volant de la D246 en 1958, puis celle de Wolfgang von Trips, alors leader du championnat 1961 devant Hill. A suivi une période de relative disette, marquée par l'accident fatal à Lorenzo Bandini à Monaco en 1967, et ponctuée de quelques victoires.

Niki Lauda

En 1974, c'était le moment des grandes manœuvres afin de redresser la barre : Ferrari a quitté l'endurance pour se concentrer sur la Formule 1, a recruté le prometteur Niki Lauda et a nommé Luca di Montezemolo au poste de directeur d'équipe. La Ferrari 312T conçue par l'emblématique designer Mauro Forghieri, déclinée en plusieurs versions de 1975 à 1980, a remporté 27 victoires en Grand Prix et a permis à Niki Lauda de s'octroyer le titre mondial en 1975 et 1977, Jody Scheckter l'emportant juste devant son coéquipier Gilles Villeneuve en 1979.

Les Rouges étaient bien loin de se douter qu'ils allaient devoir patienter 20 ans pour rééditer de telles performances. Le potentiel était pourtant présent en 1982, deuxième saison de Ferrari avec un moteur turbo. Les trois premiers Grands Prix de la saison ont été catastrophiques, entre soucis techniques, accidents et disqualifications ; le doublé a été signé à Imola, mais Villeneuve s'est senti trahi, dépassé par son équipier Didier Pironi alors que les consignes de Ferrari semblaient intimer aux deux pilotes de ne pas s'attaquer.

Toujours furieux deux semaines plus tard, le Canadien s'est tué dans un accident en qualifications à Zolder, tandis que Pironi a été grièvement blessé dans un crash à Hockenheim, qui a mis un terme à sa carrière alors qu'il était en tête du championnat. La Scuderia a néanmoins remporté son septième titre des constructeurs cette année-là grâce à la contribution des intérimaires Patrick Tambay et Mario Andretti, avant un nouveau sacre en 1983 avec un duo 100% français, Tambay-Arnoux ; ce sont toutefois Nelson Piquet et Alain Prost qui ont conclu l'année en tête chez les pilotes.

Galerie: Ferrari 126C2 & 126C2B (1982-1983)

Ferrari a quelque peu reculé dans la hiérarchie, jusqu'à deux tournants majeurs de son Histoire : le départ du designer Mauro Forghieri, remplacé par l'ingénieur John Barnard en provenance de McLaren en 1987, et le décès d'Enzo Ferrari à l'âge de 90 ans en 1988. Un mois plus tard seulement, Gerhard Berger et Michele Alboreto lui ont rendu le plus beau des hommages avec un doublé à Monza, lors d'une saison marquée par l'hégémonie de McLaren-Honda.

De grands pilotes sont ensuite passés à Maranello sans atteindre le Graal : Nigel Mansell, Alain Prost – harponné par Ayrton Senna au départ de la dernière course en 1990 – et Jean Alesi. La Scuderia peinait à exploiter certaines de ses innovations comme la boîte de vitesses semi-automatique. Prost est allé jusqu'à comparer sa Ferrari 643 à un camion – un affront ! – et a quitté l'écurie avant le dernier Grand Prix de la saison 1991. Ferrari n'a pas gagné la moindre course lors des deux années suivantes.

Il fallait agir, et le recrutement de Jean Todt comme directeur d'équipe en 1993 a été crucial en ce sens : le Français a reconstruit la Scuderia, d'abord avec le duo Alesi-Berger, puis autour de Michael Schumacher, avec qui la marque au cheval cabré a écrit les plus belles pages de son Histoire, notamment grâce aux techniciens Ross Brawn et Rory Byrne. L'Allemand a fait remporter à l'écurie son premier titre des pilotes depuis 1979, en 2000, mais Eddie Irvine a failli avoir cet honneur l'année précédente, échouant à deux points de Mika Häkkinen alors que Schumacher s'était cassé la jambe.

Dans l'absolu, le Baron Rouge était presque toujours supérieur à ses coéquipiers Irvine et Rubens Barrichello, bénéficiant par ailleurs de monoplaces dominatrices lors de la première moitié des années 2000, d'où ces cinq sacres consécutifs. Les exploits de Schumacher furent innombrables et ne peuvent être tous cités ici, comme son exceptionnelle victoire sous la pluie à Barcelone au volant d'une Ferrari alors encore modeste en 1996, ou bien ses 19 podiums consécutifs, qui demeurent un record.

Cela ne pouvait toutefois pas durer éternellement, et la réglementation technique de 2005 – avec l'interdiction des changements de pneus – a fait du mal à Bridgestone, et par extension à Ferrari, qui a néanmoins hérité de la victoire à Indianapolis quand les pilotes équipés de gommes Michelin n'ont pu rouler pour des raisons de sécurité. La Scuderia a fait son retour aux avant-postes en 2006 une fois cette règle abandonnée, mais comme l'année précédente, ce sont Fernando Alonso et Renault qui ont remporté le titre.

En l'espace de deux ans, la "dream team" de Schumacher, Todt, Brawn et Byrne est partie ; sont entrés en scène les pilotes Kimi Räikkönen et Felipe Massa (le premier couronné en 2007, le second vaincu sur le fil en 2008), Stefano Domenicali au poste de directeur d'équipe et Aldo Costa comme designer. Ferrari était bien loin de se douter que le titre des constructeurs 2008 (après celui remporté à la suite de l'affaire d'espionnage dont McLaren s'était rendu coupable en 2007) serait le dernier.

Kimi Räikkönen
La joie du titre en 2007...
Sebastian Vettel
...est vite remplacée par des années difficiles.

La Scuderia a mal négocié le virage de la nouvelle réglementation 2009, ensuite rejointe par Fernando Alonso, qui a perdu le titre 2010 à cause d'une mauvaise décision stratégique au dernier Grand Prix. L'hégémonie Red Bull n'a plus laissé que peu de chances à Ferrari lors des années suivantes, bien qu'Alonso ait véritablement sublimé sa F2012 pour concurrencer Sebastian Vettel jusqu'au dernier Grand Prix cette année-là.

L'Espagnol a fini par se lasser, le Règlement Technique 2014 ayant été encore plus mal abordé que celui de 2009, et est parti chez McLaren-Honda ; Marco Mattiacci, puis Maurizio Arrivabene ont succédé à Domenicali. Sebastian Vettel est devenu le nouvel homme fort de Ferrari, mais là encore, malgré de belles promesses, le succès ultime n'a jamais été au rendez-vous.

Désormais, avec Mattia Binotto comme cinquième directeur d'équipe en 12 ans, c'est autour de Charles Leclerc que l'écurie se construit. Vettel, lui, s'en est allé fin 2020. Le prodige monégasque pourra-t-il permettre à Ferrari de renouer avec le titre mondial ?