Le prochain Champion du monde en rouge ?

C'est l'histoire d'un petit garçon qui regarde le Grand Prix de Monaco de Formule 1 depuis le balcon d'un ami, au début des années 2000. Ce petit garçon, c'est Charles Leclerc, et s'il admire le bolide rouge de Michael Schumacher, il est bien loin de se douter qu'il en pilotera un lui-même une quinzaine d'années plus tard.

Charles Leclerc connaît l'une des carrières les plus impressionnantes des années 2010 en formules de promotion. Il fait ses débuts en Formule Renault 2.0 à 16 ans et finit deuxième du championnat Alps, derrière Nyck de Vries, dont c'est la troisième saison dans la discipline ; il rejoint ensuite la F3 Europe où, face à notamment quatre autres futurs pilotes de Formule 1, il se classe quatrième et meilleur rookie. Ces performances attirent l'attention de la Scuderia, et Leclerc intègre en 2016 la Ferrari Driver Academy, programme de jeunes pilotes dont le premier membre avait été son regretté parrain, Jules Bianchi.

Tandis qu'il multiplie les séances d'essais pour Haas et pour Ferrari pendant deux ans, Leclerc remporte le GP3 Series dès sa première saison dans cette catégorie avant de devenir le premier rookie couronné en GP2/Formule 2 depuis Nico Hülkenberg en 2009, en dominant outrageusement la concurrence : sept pole positions sur 11 possibles, et autant de victoires en 22 courses, la plupart lors de l'épreuve principale du week-end. Et encore, il est disqualifié à Spa-Francorchamps pour une usure excessive du patin, alors qu'il a relégué le peloton à 26 secondes en 25 tours !

Ferrari est conscient d'avoir une pépite entre les mains et obtient à Leclerc un baquet chez Sauber pour la saison 2018 de Formule 1. L'intéressé s'illustre en dominant nettement son expérimenté équipier Marcus Ericsson et enchaîne les places d'honneur : sixième à Bakou, septième à Sotchi, Mexico, Interlagos et Abu Dhabi... il conclut la saison avec 39 points au compteur, du jamais vu depuis 2013 pour la structure suisse !

Charles Leclerc
Charles Leclerc

En parallèle, Kimi Räikkönen reste devancé par son partenaire Sebastian Vettel chez Ferrari et fête son 40e anniversaire ; la Scuderia décide qu'il s'agit du moment idéal pour remplacer le Finlandais par son protégé, et le résultat est à la hauteur de ses espérances. Pour son premier Grand Prix en rouge, Leclerc franchit la ligne d'arrivée à une seconde de son quadruple Champion du monde de coéquipier ; encore mieux, deux semaines plus tard à Bahreïn, il domine la course avant d'être victime d'un problème moteur et de rétrograder au troisième rang.

Extrêmement constant, Leclerc conclut les dix premiers Grands Prix de l'année dans le top 5, à l'exception de Monaco, où il enregistre un quatrième abandon en autant de courses à domicile depuis la Formule 2. En l'occurrence, une erreur stratégique de Ferrari le voit éliminé en Q1, et il s'accroche avec la Renault de Nico Hülkenberg lors de sa remontée en course. Leclerc commet une nouvelle faute en Allemagne alors qu'il était deuxième, sorti de piste dans le dernier enchaînement comme beaucoup de ses pairs sous la pluie, mais par la suite, il prend véritablement son envol.

Charles Leclerc

Dès la rentrée des classes, Leclerc frappe fort en dominant le Grand Prix de Belgique depuis la pole position pour sa première victoire en F1 ; une semaine plus tard, alors que son coéquipier se prend les pieds dans le tapis, il s'impose à Monza devant une foule en délire et devient le nouveau chouchou des tifosi. Par la suite, Leclerc continue d'enchaîner les bons résultats quand Vettel subit quelques pépins mécaniques ; les deux hommes sont cependant contraints à l'abandon à Interlagos suite à une légère touchette aux grosses conséquences.

Qu'importe, cela n'aura pas beaucoup d'occasions de se reproduire : vaincu par son jeune équipier pour 24 points, Vettel n'a pas prolongé avec Ferrari pour 2021, et Leclerc a assumé le rôle de leader de l'écurie lors de la saison 2020, ce qui n'est pas sans rappeler l'envergure jadis prise par Lewis Hamilton pour sa deuxième saison en F1, chez McLaren, en 2008.

Si le Britannique a conclu cette campagne par un titre, la deuxième année de Leclerc en rouge n'a pas été des plus fructueuses. Il n'est monté que sur deux podiums et n'a inscrit que 98 points, 166 de moins qu'en 2019 ! Désormais, Leclerc affronte un nouvel équipier aux dents bien plus longues : Carlos Sainz. Le fils du double Champion du monde des rallyes parviendra-t-il à rivaliser face au prodige monégasque ?