En ce mercredi 13 janvier 2020, Gianni Morbidelli souffle ses 53 bougies. Fils de Giancarlo Morbidelli, fondateur de la marque de moto éponyme, l'Italien n'a pas connu le succès espéré en Formule 1 mais a vécu des jours bien plus heureux en voitures de tourisme.

Pour tout pilote automobile italien, il existe un rêve commun : celui de conduire pour la Scuderia Ferrari. Et durant son passage de six saisons en catégorie reine, Morbidelli n'a eu qu'une seule opportunité de prendre le départ au volant de la monoplace rouge. Cette chance s'est présentée en Australie, à la fin de l'année 1991.

Le camion d'Alain Prost

Cette année-là, Morbidelli roule pour la "petite" Scuderia : l'écurie Minardi. Le modèle M191, bien né et muni du V12 Ferrari, lui permet de signer plusieurs coups d'éclat en qualifications, notamment une huitième place à Imola et à Suzuka, sans pour autant inscrire de point, l'honneur revenant à son équipier, Pierluigi Martini.

Gianni Morbidelli

Cependant, au soir du Grand Prix du Japon 1991, la carrière de Morbidelli bascule suite à un commentaire d'Alain Prost très mal reçu en Italie. Le futur quadruple Champion du monde, peinant à maitriser les difficiles 642 et 643, a le malheur de critiquer le comportement de sa monoplace.

"Je n'ai jamais conduit une voiture aussi mauvaise", lâche Prost face aux journalistes. "Avec le plein d'essence, nous avons constaté que la direction se bloquait complétement dans les grandes courbes, c'est un problème mécanique très grave qui s'est amplifié au cours de la saison. Disputer un Grand Prix dans ces conditions est très éprouvant, je n'avais pas l'impression d'être un pilote de F1 car un bon chauffeur de camion avec des gros bras aurait pu faire pareil."

Remplaçant de luxe

Sans le savoir, le Français signe ici la fin de son histoire avec la Scuderia. Quelques jours plus tard, Prost est renvoyé et n'est pas convié à disputer la dernière course de l'année ! En Australie, le baquet de la n°27 est occupé par Gianni Morbidelli. Le choix de l'Italien était tout trouvé, ce dernier étant l'un des pilotes d'essai de l'équipe et connaissant donc le fonctionnement et la comportement de la capricieuse 643.

Dans la ville côtière de Port Douglas, où Morbidelli passe quelques jours de repos avant le week-end du Grand Prix d'Australie, un appel téléphonique inattendu lui annonce le renvoi de Prost et sa soudaine titularisation !

"Nous étions en vacances à Port Douglas, mes parents et moi, lorsque j’ai reçu un appel de Ferrari", explique Morbidelli. "Ils ont été directs : "Dimanche prochain, tu piloteras à Adélaïde avec notre voiture à la place de Prost." J'ai cru que c'était une blague au début mais j’ai vite compris que mon rêve devenait réalité. C’était comme toucher le ciel du doigt, c'est un mélange d'émotions."

Gianni Morbidelli
Gianni Morbidelli

Grand Prix d'Australie 1991

Théâtre habituel de la clôture du championnat dans les années 1980 et 1990, le circuit d'Adelaide est très bosselé et trouver les bons réglages est toujours un casse-tête pour les pilotes et les ingénieurs. Dans sa nouvelle combinaison rouge très difficile à porter, Morbidelli assure et signe le huitième temps des qualifications. Certes, il accuse un retard important de près de sept dixièmes de seconde sur son nouvel équipier, Jean Alesi, mais tous deux sont réunis sur la quatrième ligne de la grille de départ.

L'apprentissage de Morbidelli n'est pas aidé par une tempête qui frappe le Sud de l'Australie le jour de la course. L'aéroport d'Adelaide doit fermer, les rues sont inondées mais la direction de course, elle, maintient le Grand Prix ! Les pilotes avancent à tâtons et la faible visibilité ajoutée au cruel manque d'adhérence multiplient le nombre de sorties de piste. Après dix tours, on compte déjà six abandons !

Morbidelli reste sage et garde ses roues dans les limites de la piste. Cette prudence lui permet de remonter progressivement jusqu'à atteindre la troisième place à la fin du 16e tour. Toutefois, la direction de course constate bien vite son erreur et, pour éviter le drame, agite le drapeau rouge quelques instants plus tard. Le Grand Prix n'ira pas à son terme.

Grand Prix d'Australie 1991

Comme le veut le règlement dans cette situation, le classement final sera celui du 14e tour, soit deux boucles avant l'agitation du drapeau rouge. Moins de 75% de la distance totale a été couverte, la moitié des points est attribuée aux six premiers pilotes. Au grand dam de Morbidelli, l'Italien pointait à la sixième place au Tour 14, ce qui signifie qu'il ne récolte qu'un demi-point.

"C'était très dangereux", commente-t-il à l'arrivée. "Il y a eu de nombreux incidents et il était impossible de voir la piste. C'était vraiment incroyable. Je suis déçu d'être sixième car, moralement, je suis troisième. Mais il vaut mieux monter sur le podium en terminant une course de 80 tours plutôt que 15 tours comme c'était le cas aujourd'hui."

Épilogue

Le Grand Prix d'Australie 1991 demeure l'unique course disputée par Gianni Morbidelli au sein de la Scuderia Ferrari. En 1992, le Cheval Cabré lui préfère Ivan Capelli, un compatriote plus expérimenté et ayant montré de belles choses au volant des March-Leyton House.

Morbidelli est conservé par Ferrari au poste de deuxième pilote d'essai, aux côté de Nicola Larini. Ainsi, lorsque Capelli fut renvoyé avant la fin de l'année 1992, la Scuderia fit appel à Larini, désigné comme premier réserviste.