Nous sommes le dimanche 22 janvier 1956. Dans la chaleur de l'été austral de Buenos Aires, le départ du Grand Prix d'Argentine de Formule 1 est donné à 13 pilotes, l'une des grilles les plus minces de l'histoire de la discipline.

À bord de sa nouvelle monture, la Ferrari D50, Juan Manuel Fangio va remporter l'épreuve et débuter une campagne victorieuse l'emmenant jusqu'à son quatrième sacre mondial. Instant flashback !

Lancia, Ferrari, Fangio

Suite au drame des 24 Heures du Mans 1955, Mercedes s'est retirée du sport automobile. La Scuderia Ferrari en profite pour récupérer non seulement la star de la marque à l'étoile mais également le matériel délaissé par l'écurie Lancia, en grande difficulté financière. Ainsi, Ferrari débute la saison 1956 en compagnie de Juan Manuel Fangio et du châssis D50 de Lancia portant désormais le logo du Cheval Cabré ! 

Promenade de santé ?

La saison s'ouvre sur le circuit de Buenos Aires, dans le jardin de Fangio. Le régional de l'étape signe le meilleur temps des qualifications. Eugenio Castellotti, son équipier et dauphin sur la grille de départ, accuse un retard supérieur à 2 secondes !

Mais ce qui semblait être une promenade de santé se complique bien rapidement le jour de la course. En effet, la Ferrari D50 est une voiture très rapide mais sa fiabilité laisse à désirer. À la fin du premier tour, les Maserati sont aux avant-postes et le poleman Fangio, lui, n'est que cinquième.

Galerie: Ferrari D50 (1956)

Au fil des passages sur la ligne, la santé du moteur de Fangio se détériore. Si bien qu'au Tour 12, l'Argentin doit regagner les stands pour un arrêt imprévu. Le Champion du monde en titre repart bon dernier puis s'immobilise une nouvelle fois. Le dysfonctionnement du carburateur est synonyme d'arrêt définitif.

Remontada

Mais dans les années 1950, la course ne s'arrêtait pas après un abandon ! Ainsi, Ferrari rappelle Luigi Musso au garage au 30e passage. L'Italien occupait alors la cinquième position. Dans les stands, on intime à Musso l'ordre de céder sa voiture à Fangio, une procédure habituelle lorsque le pilote n°1 connaissait un problème sur sa monoplace.

Le Maestro repart à un rythme effréné mais sa remontée est rapidement stoppée par une sortie de piste. Peu avant la mi-course, Fangio compte deux minutes de retard sur l'homme de tête, son compatriote Carlos Menditéguy. Quelques instants plus tard, l'écart tombe sous la minute.

Juan Manuel Fangio
Fangio (n°34) dépasse Moss (n°2).

Fangio s'offre le record de la piste à plusieurs reprises. Rien ni personne ne sont en mesure de l'arrêter ! Stirling Moss, en tête suite à l'abandon de Menditéguy ne conserve pas sa position bien longtemps. Le Britannique est dépassé au Tour 67 tandis que sa Maserati se met à émettre de la fumée. 

Victoire partagée

Bien que le rythme de Fangio soit exceptionnellement bon, l'Argentin continue de cravacher après avoir récupéré la tête de la course. Malgré une nouvelle sortie de piste, il franchit la ligne d'arrivée avec 24 secondes d'avance sur la Maserati de Jean Behra. Mike Hawthorn, également sur Maserati, complète le podium mais accuse deux tours de retard sur le duo de tête.

Étant donné que deux hommes se sont relayés dans la même monoplace, les points décernés au vainqueur sont divisés en deux. Musso, qui remporte ici sa première victoire en Championnat du monde, et Fangio reçoivent 4 points chacun. Cependant, l'Argentin bénéficie d'une unité supplémentaire sur son total après avoir signé le meilleur tour en course à plus de 130 km/h de moyenne. Cela signifie que, malgré sa deuxième place, Behra prend la tête du classement général avec un point d'avance sur Fangio, vainqueur !

Plus tard dans l'année, le pilote argentin partage une fois encore sa monture à Monaco ainsi qu'en Italie. Mais malgré des scores divisés, Fangio enfile une quatrième couronne et renforce son statut de pilote de légende.