Le Grand Prix d'Espagne 1974 marque le renouveau de la Scuderia Ferrari en catégorie reine.

Aujourd'hui, lundi 22 février 2021, Niki Lauda aurait dû souffler ses 72 bougies. La disparition soudaine du triple Champion du monde de Formule 1 en mai 2019 a profondément secoué le paddock, l'Autrichien laissant derrière lui un héritage imposant.

171 départs, 25 victoires et 24 pole positions. Les statistiques de "l'Ordinateur" parlent pour lui. Pourtant, rien n'a été promis à Lauda. Lâché par sa propre famille et surendetté, l'Autrichien a été dans l'obligation de payer son ticket d'entrée en Formule 1, au début des années 1970. Passé par March puis BRM, c'est une superbe course dans les rues de Monaco, soldée par un abandon, qui finit par taper dans l'œil de la Scuderia Ferrari en 1973.

Au même moment, l'équipe italienne vit l'une des pires crises de son histoire. La situation est telle que le Cheval Cabré doit abandonner son programme en endurance pour concentrer toutes ses forces en Formule 1. Et sa reconstruction passera par la venue de Lauda à Maranello.

Ses premiers tours de roue à bord de la Ferrari 312B3 bricolée par Mauro Forghieri sont déconcertants. L'Autrichien, fin metteur au point, emploie des termes très crus pour définir sa monture devant des mécaniciens sidérés... et devant Enzo Ferrari en personne ! Fort heureusement, lui et son équipier Clay Regazzoni parviennent à rapidement redresser la barre. Les deux hommes montent sur le podium en Argentine, lever de rideau de la saison 1974, laissant les 9 points de la victoire à Denny Hulme.

Regazzoni monte de nouveau sur le podium au Brésil, Lauda signe la première pole position de sa carrière en Afrique du Sud... mais la victoire glisse encore entre les doigts de la Scuderia. 

En Espagne, quatrième rendez-vous de l'année, les choses changent enfin. Sur le circuit de Jarama, Lauda signe une deuxième pole consécutive. Regazzoni, lui, est en deuxième ligne, derrière Ronnie Peterson. Le jour de la course, la pluie tombe sur Madrid et le circuit est détrempé. 

Grand Prix d'Espagne 1974
Départ de la course.
Grand Prix d'Espagne 1974
Peterson prend le commandement sous la pluie.

Peterson effectue un meilleur départ et passe la première partie de la course en première position. Puis, la pluie cesse et la piste s'assèche progressivement. Très vite, les gommes sculptées deviennent obsolètes. Regazzoni est le premier à dégainer parmi les hommes de tête. Le Suisse est suivi dans la voie des stands par Peterson, Lauda étant l'un des derniers pilotes à s'immobiliser.

À cette époque, les Grands Prix de Formule 1 se déroulaient sans interruption, les arrêts au stand ne faisant pas partie de l'équation au moment de définir la meilleure stratégie. Alors, le changement de pneumatiques représentait un exercice périlleux que certains mécaniciens maitrisaient bien mieux que d'autres. Bien aidée par son expérience en endurance, la Scuderia profite de la valse des arrêts pour prendre la tête, Lauda devant Regazzoni. Leurs poursuivants accusent plusieurs secondes de retard.

Galerie: Ferrari 312 B3-74

Sur piste séchante, le pilote autrichien exprime tout son talent. Lauda s'envole vers la victoire et son équipier sécurise le doublé. Lorsque Lauda franchit la ligne d'arrivée, à la fin du 84e passage, le nouveau meneur d'hommes de la Scuderia, Luca di Montezemolo, se tient debout sur le tarmac, bras levés au ciel, pour féliciter son pilote !

Grand Prix d'Espagne 1974
Grand Prix d'Espagne 1974

Ferrari récolte enfin les fruits de son dur labeur. Il s'agit de leur première victoire depuis le Grand Prix d'Allemagne 1972, du 50e succès de Ferrari en Formule 1 et, surtout, du premier de l'ère Montezemolo ! Au classement général, Regazzoni et Lauda occupent respectivement les deux premières positions. Cette victoire n'a rien d'une anomalie puisque l'Autrichien s'impose de nouveau tandis que le Suisse dompte le Nürburgring et occupe la première place du classement jusqu'à la dernière manche de la saison, aux États-Unis.

Si Regazzoni échoue dans la conquête du titre mondial en 1974, Lauda arrive à maturité la saison suivante. À bord de la redoutable 312T, lui et Ferrari s'emparent des deux couronnes en jeu et débutent une histoire formidable qui s'achève fin 1977 par un total de 5 titres, 15 victoires et 32 podiums.