La dernière voiture de l'ère "100% Ferrari" affronte la Lamborghini Miura.

Dire qu'Enzo Ferrari n'aimait pas se conformer à la mode est un doux euphémisme. Et que dire si l'une de ces tendances était lancée par un certain Ferruccio Lamborghini ! Dans cette situation, faire les choses différemment devient un impératif pour le Drake.

De quelle mode parlons-nous exactement ? Et bien de la position du moteur, que Ferrari préférait mettre à l'avant. Cependant, la Lamborghini Miura au moteur central arrière renverse la vapeur au sein de l'industrie automobile et indique le chemin que les autres constructeurs suivront les années suivantes... sauf Ferrari. Car au moment de remplacer la 275 GTB/4, à la fin des années 1960, la même architecture est conservée : moteur à l'avant et propulsion.

Certains y voient une stratégie "conservatrice" de la part du Commendatore. Concevoir une toute nouvelle voiture munie d'un moteur central arrière aurait sans doute coûté beaucoup plus cher à la firme transalpine, en délicatesse avec ses finances.

Le rêve de Fioravanti

L'histoire de la 365 GTB/4 Daytona est assez atypique. En 1966, alors que le modèle 275 GTB/4 est à peine âgé de deux ans, Ferrari ne pense pas encore à une remplaçante. Pourtant, l'imagination de Leonardo Fioravanti, designer de Pininfarina, s'active après avoir vu le châssis nu d'une Ferrari 330 GTC.

Son crayon trace une carrosserie resserrée, portant une attention toute particulière à l'aérodynamique. Très ambitieux, l'Italien présente son dessin à Sergio Pininfarina. C'est le coup de foudre immédiat. Ce dernier se rend à Maranello, où Enzo Ferrari l'écoute avec attention. Dès l'année suivante, un premier prototype est conçu. Puis vient un second, en 1968.

Ferrari 365 GTB/4

La légèreté avant tout

Lors de la conception de la Ferrari 365 GTB/4 Daytona, l'objectif des ingénieurs transalpins est d'obtenir une voiture agile, rapide mais également facile à conduire. Le châssis se base sur une structure en tubes ovales soudés. L'empattement est le même que celui de la 275 GTB/4.

Ce qui change sur ce nouveau modèle, c'est la voie arrière. Elle est élargie pour convenir aux performances plus élevées du moteur. Celui-ci gagne 20 ch, 320 au total, suite à l'augmentation de la cylindrée, passant de 3,3 à 4,4 litres. Ce V12 est alimenté par six carburateurs Weber double corps de 40 mm.

Les débuts à Paris

Avant que le voile ne soit levé, la ligne de la 365 GTB/4 Daytona est revue par Sergio Pininfarina en personne. Le designer conserve les idées de Fioravanti mais ajoute sa propre touche en affinant l'avant pour le rendre plus cohérent avec la volonté de légèreté.

À l'automne 1968, le modèle est présenté lors du Salon de l'automobile de Paris. Son nom nous dit tout ce qu'il faut savoir sur cette Ferrari : il y a 365 cc par cylindre, c'est une voiture de type Grand Tourisme Berlinette avec 4 arbres à cames en tête sous le capot. Et pour faire un superbe pied de nez à Ford, Ferrari rajoute le nom du circuit américain de Daytona pour commémorer son triplé historique lors de l'édition 1967.

"L'anti-Miura" est née !

Galerie: Ferrari 365 GTB/4 "Daytona" (1971)

Match contre la Miura

Hier comme aujourd'hui, tout le monde s'intéresse à la vitesse lorsqu'il s'agit de supercars. Et la Ferrari va vite. Très vite. Et même plus vite que la Miura ! Bien que les vitesses de pointe soient les mêmes, 280 km/h, la 365 GTB/4 prend l'avantage dans l'épreuve du 0 à 100 km/h : 5,7 secondes contre 6,7 secondes.

En mettant le chronomètre de côté, les sensations de conduite donnent également la Ferrari gagnante. Certes, la Miura est unanimement reconnue comme étant l'un des chefs-d'œuvre de l'histoire de l'automobile. Cependant, elle souffre d'une trop grande torsion du châssis et de problèmes de stabilité.

La Daytona, en revanche, est précise, "facile" et très efficace. La philosophie de sa conception est respectée, en attestent les 3 victoires de classe consécutives obtenues aux 24 Heures du Mans entre 1972 et 1974.

Ferrari 365 GTB/4 Daytona
Ferrari 365 GTB/4 Daytona

Scaglietti comme Fioravanti

Les États-Unis ont l'habitude d'anticiper les tendances. Et parfois, c'est le Nouveau Monde qui les impose aux constructeurs du Vieux Continent. Sur deux roues, c'est arrivé à Ducati avec la gamme Scrambler. Et sur quatre roues, Ferrari n'y échappe pas non plus, en témoigne la création de la 365 GTS/4 Daytona.

L'opération d'ablation du toit s'est bien déroulée et on la doit à un autre carrossier : Sergio Scaglietti. Comme Fioravanti quelques années auparavant, Scaglietti présente le résultat à Pininfarina, qui l'approuve et le transmet à Ferrari. Au total, un peu plus de 100 exemplaires ont été produits, presque tous destinés au marché nord-américain.

Ferrari 365 GTS/4 Daytona
crédit photo : RM Sotheby's