Gagner dimanche, vendre lundi. C'est l'un des slogans les plus en vogue pour justifier l'implication des constructeurs en sports mécaniques.

Mais le monde a bien évolué ces dernières années. Aujourd'hui, construire une marque forte ne se fait pas uniquement grâce aux fans achetant vos produits le jour suivant votre victoire.

Il faut en effet inciter les consommateurs à porter votre logo sur leurs t-shirts, utiliser vos voitures dans les jeux vidéo, embarquer dans les manèges à sensations de vos parcs d'attractions ou mettre vos posters sur les murs de leur chambre. Cela repose sur l'engagement, la loyauté ou la franchise. Des éléments qui ne se mesurent pas au nombre de voitures vendues chaque semaine.

Les propos de Bernie Ecclestone, qui estimait en 2014 que la Formule 1 n'était pas intéressée par les jeunes fans, semblent donc bien loin. "Les jeunes vont voir la marque Rolex, mais vont-ils en acheter une ?", déclarait-il ainsi. "Ils n'en ont pas les moyens. Pareil avec notre autre sponsor, UBS - ces enfants se fichent des services bancaires. Ils n'ont même pas assez d'argent pour en mettre dans les banques, de toute façon."

"C'est pour cela que je ne comprends pas pourquoi les gens veulent attirer la "jeune génération". Pourquoi veulent-ils faire ça ? Est-ce pour leur vendre quelque chose ? Mais la plupart de ces enfants n'ont pas d'argent."

Ce discours pouvait s'entendre mais ne prenait pas en compte les intérêts des constructeurs au-delà des simples ventes immédiates. Il est effectivement vital de penser aux futurs consommateurs. Ceux qui achèteront quand ils en auront les moyens.

Chaque marque qui se développe doit approcher le marché avec un esprit ouvert et penser à attirer la jeune génération. C'est ce que fait Ferrari, avec une transition fascinante vers le simracing, qui est un segment de marché loin de sa clientèle habituelle. Le simracer de base n'achètera pas une Ferrari demain mais peut créer un lien avec la marque en ayant la possibilité de conduire ses voitures dans le monde virtuel.

Ferrari Esports Series

C'est pour cela que, depuis plusieurs années, Ferrari accorde les licences pour ses voitures dans les jeux vidéo - comme Gran Turismo ou Assetto Corsa. Mais cela s'est intensifié en 2020, avec le lancement de son championnat esport officiel. Un événement qui a attiré plus de 20'000 joueurs et a dépassé les attentes de la firme. Pour cette raison, l'épreuve grossit cette année.

Ferrari aurait donc attrapé le virus du simracing, comme le confesse Jane Reeve, directrice de la communication de Ferrari. Elle explique également les raisons de l'engagement de la firme italienne en esport. "Premièrement, nous voulons que plus de fans nous rejoignent et fassent partie du monde de Ferrari", explique-t-elle. "Nous voulons ouvrir nos portes à tous ceux qui souhaitent prendre part à la compétition."

"L'autre facteur important est le talent : le sport et la compétition ont toujours été importants pour Ferrari, et nous voulons obtenir les meilleurs talents. Nous voulons vraiment inviter tout le monde dans notre univers. Ferrari est une grande firme avec une grande histoire et nous voulons écrire de nouveaux chapitres mais pour ce faire, nous avons besoin que de nouvelles personnes entrent dans notre monde."

La valeur de l'investissement de Ferrari en esport provient également de l'expansion de la marque dans le monde entier. Questionné par Motorsport.com sur la valeur de la jeune génération, Nicola Boeri, responsable de la diversification de Ferrari, estime qu'il "ne s'agit pas uniquement de l'activité automobile. Il s'agit plutôt d'image de marque, de connaissance de la firme et aussi de sa croissance."

"Nous savons qu'en sponsorisant et en poussant un programme comme nos Esports Series, qui est dans la nature de Ferrari, nous toucherons une base de jeunes clients qui serait normalement plus difficile à atteindre. Mais nous ne voulons pas uniquement les atteindre. Nous voulons qu'ils s'engagent. Si vous avez 20'000 participants l'an passé et peut-être encore plus cette année, tous ces gens vont vivre et respirer notre ADN, celui de la course."

"C'est une opportunité unique qui s'ajoute à celles que nous avons déjà, comme en F1 par exemple. C'est une grande opportunité et elle fait partie de la stratégie de Ferrari."

Même si pour des milliers de personnes, la seule expérience de conduite d'une Ferrari qu'ils connaitront sera dans un jeu vidéo, le Cheval Cabré en tirera un succès bien réel.

Avec Sylvain Gauthier